
Par Alex, GeekCulture.fr
Dernier titre du Retour du rap français, l’introspectif Lettre à mon public faisait état de son désir de se retirer. Ainsi, 3 ans durant, Alix Mathurin s’est fait discret, posant tout au plus quelques rimes – sans trop se sortir le pouce du rond qui plus est – sur le Noir Désir de Youssoupha, sorti il y a seulement quelques semaines. 3 ans sans Kery James donc. 3 ans à se bâfrer pas mal de merde aussi. Dans notre fort intérieur on savait qu’il reviendrait. Lui aussi sans doute d’ailleurs. Mais, alors qu’on attendait davantage un album en bonne et due forme histoire de voir s’il en avait encore sous le stylo, Kery la joue humble, incapable, selon lui, de pondre le disque espéré après un tel break. En clair, pour l’album faudra repasser. Mars 2013. Reste que 2012 est une date importante pour le MC d’Orly. Ca fait 20 piges qu’il savate le mic. Du coup, il sort un best-of. Sauf que ça s’appelle pas Best-of, histoire de pas faire trop variet’ ou artiste gériatrique (d’autant qu’il n’a que 35 ans). Bref, un inédit (Lettre à la république) et 12 réorchestrations de ce qu’il considère comme ses morceaux les mieux écrits. Bilan après une première écoute ? Kery James écrit bien, très bien même.
Mais ça on le savait déjà. Sans doute l’une des plus belles plumes du rap français. Celui qui a donné ses lettres de noblesse au rap conscient (le flambeau est depuis porté bien haut par Médine et autre Keny Arkana), manie le verbe à sa guise, se joue des figures de style, laisse son flow dépouillé habituel (alors même que le bougre est armé techniquement) courir sur les instrus acoustiques comme pour rendre son discours encore plus intelligible. Car, voici la véritable nature du skeud : faire découvrir Kery et son discours à un autre public, pas forcément au fait de l’histoire et de la vie du bonhomme mais surtout n’ayant pas une oreille “rap”. Un album aux forts accents mainstream, donc, clairement orienté vers ceux chez qui l’écoute d’un beat déclenche d’irrémédiables saignements auriculaires. Les fans, puristes et autres amateurs de rap, ne prêteront qu’une oreille furtive à ce nouvel/ancien effort préfèrant sans nul doute les arrangements (et les flows) originaux à cette ressucée finalement pauvre musicalement.
Principal écueil d’un projet ne brillant déjà pas par son originalité : aucun réarrangement ne surpasse la version originale. Pire, on se retrouve trop souvent avec l’impression d’écouter le même synthé pourrave en mode mélodie préenregistrée. On est très loin de la créativité des instrus – dépouillées elles-aussi – à base de percussions et xylophone de Si c’était à refaire. Le rap c’était mieux avant ? A l’aune de la carrière de “renoi foncé”, il apparaît légitime de se poser la question. Après deux disques fondateurs, en groupe (Le combat continue) et en solo (Si c’était à refaire), ça fait quand même 10 piges que Kery navigue entre excellence et médiocrité (quand bien même Réel envoyait sérieusement). Parfois, au sein d’un même projet. Errances d’un artiste qui se cherche, se teste, éternel solitaire, incompris et habité par le doute, les angoisses (De Soledad à Lettre à mon public en passant par En feux de détresse, il n’a cessé de poser ses maux sur instrumentales comme pour les exorciser). Sincère jusque dans ses faux pas, Alix est depuis Si c’était à refaire déchiré par sa propre dichotomie, tiraillé entre ses deux “moi” : Kery James et Ali. Dès lors, 92 2012 pourra être perçu sous deux angles bien différents. D’aucuns y verront le déclin crépusculaire d’un artiste qui n’a plus grand chose à dire tandis que d’autres y décèleront le regard nostalgique posé sur 20 années d’une carrière prolifique par un rappeur porte-étendard qui a tout connu, un homme avec toutes ses contradictions et transpirant le mal-être. Une sorte de rétrospective cathartique qui permettra peut-être au “poète noir” d’enfin boucler la boucle et de passer à autre chose. A chacun de juger, James a, quoi qu’il arrive, toujours attisé les passions. Et puis, raquer à la caisse est presque faire acte citoyen en ces temps de morosité rapologique puisque c’est toujours ça que Sexion d’Assaut n’aura pas (faudrait quand même arrêter de déconner à un moment). D’autant que le coffret collector contient le magnifique documentaire Les 4 visages de Kery James, véritable arlésienne de 2h30 truffée d’images inédites et proprement passionnante. Enfin, une fois le 1er track lancé, on peut dire ce qu’on veut mais impossible de ne pas aller jusqu’au bout, à la fois envahi par la nostalgie (La vie est brutale pour ouvrir le bal, bordel !) submergé par l’émotion qui exsude des lyrics, impressionné par l’aisance vocale du MC (car, oui, il faut tout de même un certain savoir-faire pour maîtriser cette apparente simplicité et épurer son flow, sans parler de poser sur de l’acoustique hein…) mais, surtout, toujours fasciné par la qualité brute et sans faille du texte. Non, vraiment, Kery James écrit bien, très bien même.
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